Cellules

Découper à vif dans la couleur

« Hors du temps, les grandes toiles de Patricia Bastin s’ouvrent à un dialogue entre le rouge et le noir, explorant continuellement de nouvelles voies sans toutefois délaisser son thème de prédilection : la nature, le végétal, le vivant…

Passer et repasser des couches de pigments, superposer des morceaux de toile, les soulever comme des lambeaux, les peindre comme pour interroger le vide qui se trouve derrière eux, c’est le sens de ma recherche actuelle… » précise-t-elle.

Aussi étonnant que cela puisse paraître au premier abord, ces dernières toiles sont, d’un bout à l’autre, un véritable dialogue avec le corps. La métaphore est là. Il suffit d’apprendre à regarder les lignes, les formes pures, droites et courbes ovoïdes, de suivre les entrelacs.

Tout en utilisant des codes esthétiques, l’artiste interroge la souffrance. Et pourtant, le résultat est surprenant. On y croise subrepticement des références symboliques, des silhouettes; un théâtre d’ombres chinoises apparaissant ça et là, côtoyant des trames ou des motifs travaillés avec la sensibilité d’une naturaliste…

Aujourd’hui Patricia Bastin n’est plus coupée du monde mais elle est un fragment unique du monde, comme chaque feuille de chaque arbre…

Il n’y a pas de doute, elle peint la vie car elle est la vie… »

Lucien Rama, critique d’art (PriviLLiège, 24 /12/2010)

En parallèle de son travail sur les coquelicots, Patricia Bastin Andrien fait une recherche sur la souffrance, l’enfermement, les cellules, suite à un diagnostic de cancer en 2005. Il s’agit d’une analyse personnelle des cellules envahissantes, risque de mort, chances de vie. Elle y utilise ses propres cheveux pour donner à ses toiles encore plus de profondeurs et de rupture, de souffle, d’angoisse mais aussi d’espoir. Une peinture qui touche directement au cœur.

Patricia Bastin Andrien se sent proche de Frida Kalho. De nombreux liens les unissent. Elles se ressemblent d’ailleurs physiquement par leur type de peu et par le noir de geai de leur chevelure ainsi que par leurs yeux de braise. Elles ont aussi toutes les deux éprouvé la souffrance dans leur corps de femme.

Elle déclare à propos de cette recherche. « Je ne dépeins pas. Je peins ce que je ressens dans l’instant présent ! Actuellement, je dessine des cellules. Peu importe les mots qu’on utilise pour décrire mon travail actuel. Il répond à un besoin de respiration. Passer et repasser des couches de pigments, superposer des morceaux de toile, les soulever comme des lambeaux, les peindre comme pour interroger le vide qui se trouve derrière eux, c’est le sens de ma recherche actuelle. »

Elle reste dans sa gamme de rouge, de noir et de blanc, mais y ajoute de l’ocre, des feuilles d’or, ce qui illumine encore plus son travail et lui donne une lumière particulière. Elle est curieuse de la matière. Elle cherche ce que la technique peut amener comme résultat lors de la création d’une toile. Elle s’intéresse particulièrement au support en le lacérant puis en le reconstruisant.

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