Au delà des symboles
L’art comme moyen d’exprimer son angoisse, ses peurs, sa rage. L’art comme moyen de s’évader, de laisser son esprit s’échapper quand le corps est agressé. L’art comme moyen de communiquer, de rester en contact avec la nature et avec l’extérieur. L’art comme moyen de se sentir mieux.
En 2015, Patricia Bastin Andrien est hospitalisée suite à une lourde opération. Alors que d’autres auraient allumé la télévision, attendu, résignés, des jours meilleurs ou tout simplement baissé les bras, elle décide depuis son lit d’hôpital d’entamer un travail autour des symboles, de la couleur et des lignes.
« J’avais par hasard acheté un tampon maçonnique. Je me suis mise à faire un dessin en utilisant de différentes manières le graphisme de ce tampon. Le deuxième outil que j’ai utilisé était un porte-plume à encre bleue que l’on m’avait offert. Ce qui est intéressant et nouveau pour moi, c’est que je n’attendais pas de résultat. Je me suis rendue compte que c’était une nécessité. »
D’autres tampons offerts par des amis sont venus s’ajouter au fur et à mesure. D’autres couleurs aussi. « En plus du bleu, j’ai amené du rouge. Et je me suis sentie développer quelque chose qui devenait de plus en plus libre, amusant, poétique. »
« Après quelques mois de répit, j’ai été à nouveau hospitalisée en mars 2017. J’ai retrouvé un carnet sur lequel j’avais griffonnés des notes. Une sorte de pense-bête qui n’avait pas été écrit à l’hôpital. Pour sortir de mon angoisse, j’ai repris mes tampons et mes stylos, et j’ai poursuivi sur ce carnet et sur ces notes le travail que j’avais entamé deux ans plus tôt. Pour certains, ça n’aura rien d’un dessin. Mais si on regarde bien, c’est une composition. Et si on fait abstraction de la manière dont c’est construit, des lettres, des mots, on peut y voir un tableau. C’est mon interprétation de l’écriture. Le dessin est une écriture, c’est le point, c’est la ligne. Et dans ce cas-ci, c’est aussi la couleur. »
D’un croquis à l’autre, les crayons aquarellés se sont mêlés aux encres et aux tampons. « J’ai imaginé des paysages : des bases griffonnées de façon très spontanées, des lignes qui sont souvent la représentation d’émotions, de violences, mais aussi des taches de couleurs, qui amenèrent de la légèreté, de la lumière. Par-dessus, j’y ai inscrits des symboles : les outils maçonniques, qui forment le socle de ce travail, des sorcières qui viennent parfois tourmenter toute la surface de la feuille et qui passent comme un tourbillon, des corbeaux agressifs, des notes de musiques qui virevoltent, des fées, petites vigies qui surveillent l’ensemble et me mettent à l’abri … »
Au delà des murs blancs: de la poésie, de la musique et des lignes qui dessinent des mots, des maux, qui dessinent le courage, la force et la détermination.